Interview

Entretien avec : Mohamed Baïri président de l'association des concessionnaires automobiles algériens (AC2A)

Il y aura une charte de bonne conduite

Auteur : AZIEZ Brahim   
Publié le : 15 Mai 2007
Le salon de l'automobile d'Alger qui s'est clôturé le 6 Avril dernier a montré un autre visage que ce à quoi il nous avait habitué. Quel bilan en avez-vous fait en votre double qualité de président de l'AC2A ainsi que du groupe Ival qui exposait sa gamme Fiat ?
Je pense que ce 11è salon s'est déroulé dans de meilleures conditions qu'avant, que ce soit au niveau de la sécurité, de la qualité des stands ou au niveau de l'accueil. Les responsables de la Safex ont joué le jeu pour avoir été attentifs à nos doléances. En analysant les questionnaires qu'on a distribué aux exposants, on s'est rendu compte que 90% de nos adhérents étaient satisfaits. Reste quelques retouches qu'on va discuter avec la Safex pour améliorer encore plus l'organisation de la manifestation.

Les responsables de la Safex n'ont pas manqué de rappeler que le salon automobile d'Alger était leur propriété. Serait-ce une réponse à une volonté de l'AC2A de prendre en charge l'organisation de cet évènement?
Non, pas du tout, et ce qu'ont dit les responsables de la Safex est vrai. La Safex reste l'organisateur et le propriétaire du salon automobile d'Alger. Ce que vous devez garder à l'esprit c'est que notre métier n'est pas d'organiser des salons. Notre métier, dans son volet marketing, est de montrer nos marques et nos produits, d'informer nos clients sur les spécificités de nos produits, les services et l'accompagnement que nous offrons. Maintenant, et malgré tout, il faut être honnête pour dire que les gens de la Safex ont été attentifs à toutes nos demandes en faisant de leur mieux. Cela dit, même nous on n'est pas " clean " à 100%. On avait dit que cette 11è édition allait être un salon des voitures de tourismes et non de l'utilitaire, mais on a quand même constaté la présence de camions et autres bus.
En parlant du poids lourds, la tenue d'un salon dédié exclusivement aux utilitaires et véhicules industriels serait-elle bénéfique ?
Absolument. On ne va pas chercher à réinventer le fil à couper le beurre. On ne fait que reprendre ce qui se fait ailleurs où il existe des salons spécialisés. Maintenant, il y a à dire sur la qualité des prestations, et on travaille dessus pour faire en sorte d'améliorer les standards. Cela dit, on commence déjà à ressentir les changements.

Certains concessionnaires se plaignent de la tenue annuelle du salon automobile d'Alger, suggérant un salon tous les deux ans, alors que d'autres l'approuvent. Quel est le consensus au niveau de l’AC2A ?
Cette question de périodicité du salon revient à chaque fois. On a fait un écrit aux membres de l'association, et même à quelques autres concessionnaires pour connaître leur souhait sur ce point précis. Le résultat a été que 85% ont été favorables pour continuer sur un salon annuel. Il est clair qu'on ne peut pas satisfaire tout le monde, mais comme la majorité l'emporte, il faut s'y soumettre.

Mais pensez vous réellement que le salon de l'automobile d'Alger a un impact sur le marché du neuf ?
Absolument. N'oubliez pas que notre parc est vieillissant avec une moyenne d'âge qui tourne autour de 14 ans. Ce parc doit se renouveler, et les gens ont besoin de se familiariser avec les voitures et les nouveautés proposées, surtout avec l'offre qui se diversifie de plus en plus.
En comparant le 1er salon d'Alger et le dernier en date vous remarquerez une différence énorme et un intérêt accru du public. Aujourd'hui, les gens avant d'acheter une voiture regardent ce qu'il y a comme offre, posent des questions techniques… C'est dire que les gens s'intéressent de plus en plus à l'automobile, et ce n'est pas maintenant qu'on va opter pour un salon tous les deux ans. Peut être que ça viendra plus tard, mais pas pour l'immédiat, surtout que le marché est en pleine expansion.

Concernant le problème de l'étiquetage en arabe des pièces de rechange, on aimerait savoir quelles sont les solutions qui vous ont été proposées par les pouvoirs publics, et s'il y a un réel risque de pénurie qui se profile à l'horizon ?
Nous avons été surpris d'avoir à subir une suspension directe, sans qu'il n'y ait consultation préalable ou concertation. Ceci dit, nous avons adressé un courrier au ministère du commerce  dont les responsables se sont montrés attentifs. Ils ont d'ailleurs accepté nos doléances à titre provisoire pour éviter  la pénurie.  Il faut savoir que les constructeurs qui sont nos fournisseurs ont un magasin central de la pièce de rechange qui livre aux distributeurs du monde entier. Il est donc impossible de faire un étiquetage en arabe pour les pièces de rechanges qui viennent en Algérie. C'est possible sur les caisses mais pas sur les pièces elles mêmes. Mais on est quand même entrain de voir toutes les possibilités pour trouver une solution définitive et c'est un travail qu'on réalise en équipe avec les responsables du ministère du commerce.

Reste le problème des importateurs indépendants qui sont spécialisés dans la pièce de rechange seulement. Sont-ils concernés par la mesure sachant qu'en plus des garagistes et des particuliers, certains concessionnaires s'approvisionnent chez eux ?
Pour cette catégorie, le problème reste entier. Mais je pense que pour l'importateur de pièce de rechange le problème de l'étiquetage peut être facilement résolu dans la mesure où il passe par le fabricant de la pièce directement, contrairement à nous, concessionnaires, qui sommes obligés de passer par le constructeur automobile. Et puis, l'étiquetage, tel qu'il a été conçu favorise beaucoup plus les trabendistes.

Vous êtes à la tête de l'AC2A depuis quelques mois déjà, et on aimerait savoir où en est la structuration de votre association ?
L'association a exactement un an d'existence. On a, certes, pris beaucoup de retard au début du fait que les gens ne se connaissaient pas encore très bien. On peut même parler d'une certaine timidité qui a prévalu entre les membres de l'AC2A, mais maintenant, il y a beaucoup de contacts et de réunions, un travail a été fait et un plan d'action mis en place. On avait un problème de siège qui a été réglé, et on a même un responsable de la communication pour transmettre les informations.

De nouveaux concessionnaires voudraient, encore, adhérer à votre association aujourd'hui. Votre porte reste-t-elle ouverte à tout le monde, et quelles en sont les conditions ?
On ne peut pas accepter tout le monde. C'est clair qu'il y a des critères auxquels il faut se soumettre. L'activité automobile est un métier, et un métier noble. En tant que professionnels, on doit tout faire pour éviter de  le clochardiser. On constate qu'il y a des gens qui importent des véhicules d'Asie ou autre, pour leur donner les noms de leurs enfants…
Pour se prévaloir du titre de concessionnaire il faut au moins avoir des points de service après vente, des magasins de pièce de rechange ainsi que des surfaces d'exposition de véhicules et de stockage.
On est entrain de mettre en place, au niveau de l'association, une cellule qui aura pour tâche de recueillir et prendre en charge les doléances des consommateurs. Imaginez un moment qu'un adhérent à l'AC2A soit défaillant sur un de ces points que je viens de citer, c'est toute notre crédibilité qui sera remise en cause, surtout si on n'arrive pas à régler le problème.

Pensez vous à une structure qui fasse la médiation entre le consommateur et le concessionnaire ?
C'est exactement ce que nous sommes entrain de préparer. C'est-à-dire qu'avant d'arriver au contentieux juridique, on essaye de régler les problèmes qui peuvent survenir à notre niveau, chose qu'on ne peut faire qu'avec les adhérents de l'AC2A. Et quand on intervient, il faut qu'on soit sûr de régler le problème, sachant que 90% des doléances relèvent des prestations en après vente. Si un adhérent n'a pas de service après vente à la hauteur, un personnel qualifié, un outillage spécifique et une disponibilité de la pièce de rechange, on ne peut rien apporter au plaignant.
  
Des problèmes récurrents sur la garantie sont de plus en plus perceptibles. Le consommateur, aujourd'hui, n'a pas une idée claire de ce qu'est la garantie, de ce qu'elle couvre, surtout que la perception change d'une marque à une autre. Est-il question d'uniformiser la garantie au niveau de l'AC2A ?
On ne peut pas uniformiser la garantie pour la simple raison qu'elle diffère d'un constructeur à l'autre. Par contre, tout ce qui concerne les conditions de garantie de chaque constructeur est contenu dans un manuel qu'on retrouve dans le lot de bord, et où tout est précisé. Tout acquéreur est en droit d'exiger ce manuel, mais se doit aussi de prendre connaissance de son contenu. Maintenant, il y a des vices cachés qui peuvent survenir après la période de garantie, et c'est au concessionnaire de faire valoir les droits de son client auprès du constructeur, mais encore faut-il qu'il s'agisse d'un réel vice caché.

Est-il question d'une charte à laquelle tous les adhérents de votre association s'astreindraient ?
Absolument. Il y aura une charte de bonne conduite en quelque sorte. On a même déjà préparé deux moutures qu'on a présentées au bureau. Des modifications ont été apportées par rapport aux points de vue et suggestions des uns et des autres, car il s'agit avant tout d'un travail d'équipe. On compte élargir la consultation à l'assemblée générale avant son adoption définitive.

Des distributeurs se sont lancés dans des campagnes de sensibilisation quant à l'utilisation de pièces de rechange contrefaites. Ne pensez vous pas qu'un sujet pareil relève aussi du rôle de votre association ?
Nous avons, effectivement, parlé au niveau de l'association d'un plan d'action qui vise, entre autres, la lutte contre l'utilisation des pièces de rechange contrefaites, et la sensibilisation sur les risques que les automobilistes encourent. Mais on a tardé un peu dans sa mise en œuvre vu qu'il y avait beaucoup de projets en chantier. Certains concessionnaires, se sentant un peu plus lésés que les autres du fait de la consistance de leurs parcs respectifs, nous ont devancés, mais cela va être rattrapé.