Interview
Marc Bergeretti (directeur général de Peugeot Algérie)L'Algérie est un marché extrêmement compétitif
Auteur : AZIEZ Brahim
Publié le : 27 Juillet 2009
Comment voyez-vous l’évolution de Peugeot en Algérie, au 1er quadrimestre 2009, vous qui étiez quelque peu déçu que sa progression ait été inférieure à celle du marché l’an dernier ?
Il y a deux questions en une. En parlant du marché 2009, celui-ci devrait ralentir par rapport à 2008 pour deux raisons principales. La mise en place d’une nouvelle taxe a eu un impact assez fort dans la mesure où cela surenchérit une Peugeot de 6 à 7%, et le crédit. La banque d’Algérie ne finance plus les banques étrangères, type Cetelem qui était spécialisée dans le crédit à la consommation, et qui alimentait la croissance du marché. En toute logique, le marché est appelé à diminuer en 2009. C’étaient nos prévisions, mais fort heureusement on s’est trompé. Pour l’instant, le marché est en légère croissance. On vient d’avoir les chiffres d’Avril, le marché s’inscrit à plus 7% au premier quadrimestre. A fin Mars, le marché était beaucoup plus favorable. C’est un ralentissement qui s’annonce très net sur Avril. Est-ce que cela va continuer en Mai-Juin ou est-ce quelque chose de ponctuel puisque l’année dernière Avril récoltait les effets du salon qu’on n’a pas cette année ? C’est trop tôt pour le dire. Mais il se trouve que le marché est en légère progression sur les quatre premiers mois, et qu’il a été en très forte progression sur les trois premiers mois, je dirai qu’on n’arrive absolument pas à anticiper par rapport à 2008. Pour ce qui est de Peugeot, le premier quadrimestre 2009 est effectivement plus favorable avec une progression en part de marché. Simplement, je dirai qu’on avait mal commencé 2008, et si on compare le quadrimestre 2009 par rapport à 2008, forcément on est meilleur, ou on est moins mauvais. Il n’y a, donc, pas de triomphalisme là-dessus. Vous avez parlé de deux points qui devaient ralentir le marché, à savoir la taxe et le crédit, mais vous oubliez que les prix des véhicules ont augmenté chez nous, même si on ne prend pas en compte la taxe, alors que leurs prix baissent partout dans le monde. N’est-ce pas là un autre facteur de ralentissement ? Il y a deux choses à considérer, le prix tarif ou catalogue, et le prix remisé. Pour ce qui est du prix catalogue, un certain nombre de marques ont augmenté leurs tarifs en 2009, parce qu’il y a eu échec dans l’établissement des prix par rapport à un taux de change et plus particulièrement les marques asiatiques, parce qu’ils étaient désavantagés par un Yen qui s’est renchérit par rapport au dollar, donc par rapport à l’Euro. Par contre, depuis le mois d’Août, période d’entrée en vigueur de la nouvelle taxe, on est arrivé à un climat professionnel qui n’a jamais, de ma faible et courte expérience en Algérie, aussi fluctué pendant une période aussi longue. Depuis, on va dire Octobre, tous les mois les opérations promotionnelles s’enchainent. Si vous prenez les prix remisés et que vous déduisiez la taxe, vous trouverez que ces prix sont compétitifs par rapports à ce qui se fait ailleurs. Vous savez que le marché automobile mondial est en crise, les capacités de production ne sont pas utilisées, il y a des stocks, donc on va vers une baisse des prix. Une baisse des prix qui profite essentiellement aux consommateurs. Vous avez une usine qui est conçue pour fabrique 300 000 véhicules/an, donc les coûts d’amortissement sont divisés par 300 000. Mais quand vous n’en produisez que 200 000 ou 250 000 véhicules/an, vos coûts fixes sont toujours là. En réel, le prix de revient de la voiture qui sort de cette usine est plus cher, en fait. Mais quand on va sur des chaines de télé françaises où les offres promotionnelles sur l’automobile sont omniprésentes, il apparait clairement que les prix remisés affichés outre mer sont nettement plus bas que ceux qu’on a en Algérie. En d’autres termes, est-ce que vous, en tant qu’importateur, vous arrivez à avoir de meilleurs prix chez votre fournisseur du fait de la baisse des ventes en Europe ? Clairement non. Mais, en terme de promotion, moi ce qui m’intéresse c’est le tarif de départ, en Euro ou en DZD si vous faites la conversion, par rapport au prix remisé. On a assisté, chez Peugeot Algérie, à une époque où deux produits faisaient l’essentiel des ventes en Algérie, la 206 et la 307 en l’occurrence. N’avez-vous pas l’impression de revivre cette dépendance avec le duo 207/308 ? Quand on regarde un peu les cinq marques qui dominent, aujourd’hui, le marché, je pense que Peugeot est parmi celles qui ont le mix le plus équilibré. Je dirai que chez Peugeot Algérie on n’a pas un modèle qui réalise à lui seul 40 à 50% du volume global. La 207 est un best seller, la 308 est très plébiscitée, il y aussi le Partner dans son ancienne et nouvelle version… Je dirai que quelque part on a une gamme qui respecte son marché. Justement, la 206+ est annoncée. Pourrions-nous avoir des informations sur sa date de lancement, ses tarifs, est-ce qu’elle aura pour rôle de remplacer la 206 ? Pour les dates, cela devrait se faire courant Juin. Pour ce qui est de la stratégie de placement sur le segment des petites voitures où on a déjà la 206 Sedan et la 207, la 206+ s’inscrira dans une gamme ultra réduite avec un moteur et une finition pour que cela soit relativement simple et pour le vendeur et pour le client. Car avec la 107 qui reste une voiture exclusivement urbaine, nous disposons de quatre voitures pour le segment des citadines, et chaque voiture répond au besoin d’une clientèle. Effectivement, elle sera légèrement plus chère que la 206, et rendez-vous en Juin pour en savoir plus, mais il faut dire qu’on n’a pas choisi l’option d’une 206 moins chère, moins équipée. Vous avez parlé, tout à l’heure, de deux points qui ont fait fléchir le marché, à savoir la taxe et le crédit. Pourrions-nous savoir quel a été l’impact sur le mix crédit/cash ? Pas trop, mais je dirai, par contre, que le pourcentage des ventes par Peugeot financement est en chute libre. En Juillet dernier, Peugeot financement a représenté, plus de 50% des ventes de Peugeot Algérie. Au mois d’Avril, cela représente 10%. Que va devenir Peugeot financement aujourd’hui que Cetelem va disparaître ? Peugeot financement a un back-office qui s’appelle, ou qui s’appelait Cetelem. Ce back office s’appellera autrement. Ces hausses des tarifs ont-elles induit des changements dans les habitudes de consommation, comme l’orientation vers les modèles d’entrée de gamme ? Non. Je dirai, à la limite, qu’on est sur une catégorie de marché où il y a une croissance depuis l’instauration de la taxe. Cette clientèle là, dans le pourcentage général des ventes, a plutôt augmenté. Une clientèle attirée, surtout, par les modèles bien équipés. Quelles sont les finitions et, du coup, les motorisations les plus recherchées ? Si je ne me trompe, sur le segment de la 308, il est clair que le diesel représente 90% des ventes. Pour le segment de la 207, on est plus sur un équilibre entre diesel et essence. Il n’y a, en fait, pas de véritable mutation vers un type de moteur plutôt qu’un autre. C’est relativement stable depuis 6 à 8 mois. Pour la partie équipements, et dans la mesure où la plus part des voitures sont déjà bien équipées à la base, et qu’il n’y a pas de Low Cost chez Peugeot, je ne saurai vous répondre avec exactitude. Vous êtes en Algérie depuis bientôt deux ans. Comment appréciez-vous réellement l’évolution du marché ? Je dirai que c’est un marché extrêmement compétitif. Réactif avec de plus en plus d’acteurs structurés, professionnels. Il y a une volonté de l’ensemble des marques d’avoir des réseaux de distribution qui soient aux normes, et notamment par rapport au décret de Décembre 2007. Cela dit, il reste encore du travail à faire. Cela prendra le temps qu’il faut, les chantiers sont engagés. Les mutations voulues sont comprises par les distributeurs et leurs agents, avec un bémol pour ce qui est de l’argumentation qui a tendance à faire peur, quelque part. Surtout pour quelqu’un qui met dans son commerce entre 100 et 200 millions de dinars de voir l’instauration d’une taxe qui peut perturber le marché, de nouvelles réglementations qui peuvent évoluer du jour au lendemain, cela pousse à se poser des questions et freiner les investissements. Ce qu’il faut c’est essayer de rassurer, de faire investir les personnes au juste niveau pour qu’elles n’aient pas des difficultés quelque temps après. Je ne pense pas que cela soit productif. Il faut sensibiliser les autorités algériennes sur la nécessité d’avoir un cadre clair et relativement stable, avec des règles applicables. L’échéance de l’application complète des règles contenues dans le décret de Décembre 2007 arrive. Où en êtes-vous, justement, par rapport à la mise en conformité avec l’ensemble des articles ? Si je dois être franc, je vous dirai qu’on ne sera pas à 100% prêt, surtout quand vous touchez aux infrastructures, que vous devez délocaliser un point de vente parce qu’il ne répond pas aux 200 m2 exigés. Entre trouver un terrain urbanisable, obtenir le permis de construire et faire une nouvelle construction en 18 mois, qui est le délai de grâce, c’est un peu court. Certains agents seront aux normes, alors que d’autres seront en phase de le devenir. Ce que nous espérons, c’est que ce mouvement général du réseau de Peugeot, du moins, sera interprété positivement, pour les gens qui ne seront pas au rendez-vous du mois de Juin, du moins par rapport aux efforts qui auront été fournis dans ce sens. Ça c’est pour la partie infrastructure qui reste la plus lourde à faire avancer. Pour le deuxième volet, je pense qu’on est parmi les marques les plus en pointe, du point de vue respect du texte, et des documents commerciaux, notamment. On sera au rendez-vous. Par contre, deux points auraient pu être discutés par les autorités et les professionnels, je pense particulièrement à la garantie. Dire que le client a le choix entre 100 000 km pour les véhicules utilitaires et 50 000 km pour les véhicules de tourisme, ou deux ans, il va sans dire que le prix de la garantie sera différent. Clairement, le constructeur va analyser les deux cas de figure pour répercuter la différence sur le prix. Là je pense qu’il aurait été préférable d’appliquer ce qui se fait mondialement. Chez Peugeot Algérie, on est à deux ans ou 100 000 km de garantie, et on ne peut pas revenir en arrière. |
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