Interview

Entretien avec Arachiche Benyoucef (pdg de Ghazal)

« Les avantages du GPL sont multiples »

Auteur : AZIEZ Brahim   
Publié le : 09 Mars 2011
On évoque de plus en plus le GPL/c ces dernières années, et on aimerait savoir si cela présente un réel impact pour l’Algérie ?
 L’intérêt du GPL pour l’Algérie est multiple. Le GPL est largement disponible en Algérie avec une capacité de production de l’ordre de 10 millions de tonnes par an, et il est possible de valoriser une partie de cette production sur le marché national en l’utilisant en substitution des carburants qui sont mieux valorisés à l’exportation, tel que l’essence ou le gazole.
Vous avez, ensuite, un avantage écologique. Dans les grands centres urbains comme Alger où il y a une forte concentration de voitures, imaginez le nombre de gaz toxiques qu’on éliminerait et les maladies respiratoires qu’on réduirait.
Et vous avez le troisième avantage qui est pour l’utilisateur. Le GPL/c coûte 9 DA le litre, c’est le carburant le moins cher. Pour quelqu’un qui a une voiture et qui est appelé à se déplacer, c’est comme une augmentation de salaire à travers des dépenses en moins.

Il y a chez le consommateur algérien cette réticence induite par l’impact de la conversion sur le rendement de ce moteur, sa puissance, sa consommation, et même sur l’usure prématurée de certaines pièces et du moteur. Qu’en est-il réellement ?

Il faut savoir que la technologie du GPL a évolué. Il y a quelques années on était seulement aux systèmes de première génération.
Aujourd’hui, on a des systèmes à injection séquentielle, qui sont conçus pour mieux s’adapter aux véhicules modernes.  Ils sont commandés par une centrale comme les moteurs à essence. Et, donc, il y a un dosage gaz/air dans les chambres de combustion selon la demande du moteur.
Je m’explique : dans les systèmes précédents, vous aviez un circuit de gaz et on faisait le réglage du mélange GPL en position statique. Mais quand le véhicule se déplace, les conditions changent. Et quand vous êtes sur une côte et que vous sollicitez la pleine puissance de votre véhicule alors que le réglage n’a pas été fait sur ce niveau, il était normal que le véhicule ne puisse répondre à la sollicitation. Aujourd’hui, on n’a plus ce genre de problème. Pour ce qui est des soupapes, il faut savoir que le GPL avait été introduit, à l’époque sur les 504, les 404 et les 405 qui carburaient à l’essence Super plombé, et leurs moteurs étaient dotés de soupapes classiques. Avec le GPL les températures dans les chambres de combustion augmentent et peuvent cramer les soupapes. C’est pour cela qu’on entendait les gens dire à cette époque que le GPL usait les soupapes et, donc, les moteurs rapidement.
Avec les systèmes de dernière génération et les véhicules d’aujourd’hui, vous n’avez plus de problèmes, les fabricants de moteurs mettent des soupapes en alliage spécial, plus renforcé, pour qu’elles résistent mieux à ces températures et aux conditions sèches du gaz. Le réglage est, désormais, fait par ordinateur. Quand vous roulez avec ce système là, vous ne sentez pas la différence. La perte de puissance qui était de 15 à 20% a été réduite à 3 ou 4%, et les moteurs résistent beaucoup mieux.   

Donc, tous les moteurs à essence qui carburent au sans plomb sont aptes à être reconvertis au GPL sans avoir besoin d’une préparation spécifique en usine?
Oui, quoique certains constructeurs ont entrepris des prédispositions spécifiques pour le GPL, comme le cas de Renault qui prévoit le renforcement des soupapes et des sièges de soupapes. C’est leur politique, ils estiment que c’est une garantie supplémentaire que la marque veut avoir.
Et je pense que dans les véhicules récents, le meilleur indicateur reste les chauffeurs de taxi qui roulent au GPL pour la plus part. Et sachant qu’un chauffeur de taxi fait entre 100 000 et 200 000 km par an, on peut savoir dans un temps très court si c’est vrai.

Le problème d’encombrement que posaient les réservoirs cylindriques dans les coffres, à l’époque, a-t-il été solutionné avec les réservoirs toriques ?
A l’époque, le problème d’encombrement était un préjugé, car pas vraiment objectif.
Quand les gens disaient qu’ils perdent l’espace dans le coffre, alors que le réservoir cylindrique ne prend que 60 litres, il suffisait de leur demander combien de temps ils roulent avec le coffre plein.
Maintenant, si on ne veut pas avoir ce cylindre dans la malle, il y a effectivement le réservoir torique circulaire qu’on installe à la place de la roue de secours, et qu’on propose depuis 2000. Nous le faisons systématiquement sur les véhicules de Renault, et à la place de la roue de secours il y a le kit anti crevaison. Je pense qu’avec les pneus Tubless, d’aujourd’hui, qui n’éclatent pas, il y a cet avantage en cas de crevaison de voir le pneu se dégonfler après un certain temps. Et l’alternative reste le mini-compresseur qu’on branche sur l’allume-cigare pour regonfler le pneu et de dépanner jusqu’au prochain vulcanisateur.

Et en terme d’autonomie ?
Ce sont des réservoirs qui peuvent offrir entre 400 et 500 km d’autonomie.


Concrètement, quel est le gain pour l’automobiliste lorsqu’il opte pour le GPL ?
C’est très facile, mais je préfère vous orienter sur notre site web http://www.gazal.dz, c’est un site très instructif où on a recensé une vingtaine de questions, dont certaines que vous venez de poser, avec des réponses précises, et dans lequel vous avez un simulateur dans lequel vous introduisez le nombre de kilomètres que vous parcourez , ainsi que la consommation de votre véhicule, et vous avez immédiatement le gain.
Mais de manière générale, l’économie est de 1,20 DA par kilomètre. Voyez combien économise un chauffeur de taxi qui fait 100 000 km/an.

Combien coûtent vos kits GPL ?
Nos kits sont à partir de 28 000 DA et peuvent aller jusqu’à 150 000 DA pour les grosses cylindrées. Si vous installez le GPL sur un Hummer ou sur une Aveo, ce n’est pas la même chose. En fait, il n’y a pas qu’un seul type d’équipement, mais plusieurs types qui sont dimensionnés selon les puissances et les cylindrées des moteurs.
 
Qu’en est-il de la sécurité avec les réservoirs de gaz ?
Il faut savoir qu’avec le kit GPL vous êtes plus en sécurité qu’avec l’essence. Mais à condition que l’installation ait été faite dans les ateliers de professionnels qui sont agrées, qu’elle soit contrôlée et homologuée par les services des mines, et que les équipements utilisés soient adéquats. Les kits GPL obéissent à des normes internationales très sévères. Tous les éléments sont calculés et fabriqués avec des coefficients de sécurité.

Avez-vous eu des retours ou entendu parler d’incidents qui se seraient produits sur des véhicules transformés au GPL ?
On n’a pas eu vent d’incidents, du moins chez nous. Mais la presse a fait état de certains incidents ici et là, et je pense qu’il s’agit d’accidents qui étaient prévisibles. Quand on voit certaines installations, j’avoue que cela fait peur.

Pourquoi interdit-on, alors, l’accès dans les parkings souterrains et des hôtels aux véhicules équipés de kit GPL ?
Je pense que cela est en rapport avec ce qui se faisait ailleurs, et plus précisément en France où il y avait une interdiction d’accès aux parkings souterrains pour les véhicules équipés de GPL. Cette ancienne interdiction était pour les véhicules dont les réservoirs de GPL étaient équipés de poly-vannes sans soupape. Si vous vous rappelez, il y a eu un accident, il y a une dizaine d’année en France, où une voiture équipée de GPL avait pris feu, et lorsque les pompiers sont arrivés pour l’éteindre la voiture a explosé tuant plusieurs pompiers. De plus, et à cette époque, les poly-vannes n’étaient pas équipées de soupapes car cela était interdit en France à travers la norme R6700. Quand il y a eu cet accident, la réglementation a été revue au niveau européen pour passer à la R6701 où toutes les poly-vannes doivent avoir des soupapes. Depuis, l’interdiction a été levée en France et même en Europe. Moi je pense que si en Algérie l’interdiction est maintenue, c’est pour d’autres considérations.  

Quel type de Kit GPL utilisez-vous ?
Du Landirenzo, ce qu’il y a de mieux sur le marché.

Qu’est-ce qu’il y a comme installateurs de GPL et quelles les capacités annuelles d’installation de Kit en Algérie ?
Les grands, il y a Naftal et nous. Les autres c’est des petits installateurs avec des capacités de 3 à 4 véhicules par jour.
Pour notre part, nous pouvons aller jusqu’à 10 000 véhicules/an. Sur le plan national, l’Algérie a les capacités de de dépasser les 50 000 véhicules/an à travers les quelques 70 opérateurs activant dans l’installation de kits GPL.

Combien de kits GPL l’entreprise Ghazal a installé depuis sa création ?
Aux environs de 60 000 kits depuis 1995. L’entreprise Ghazal c’est, aujourd’hui, 4 centres : vous avez celui de Oued Smar où nous nous trouvons, il y a le centre d’Oran et celui de Batna, sans oublier le centre de Cherraga qui est dédié à Renault Algérie. Et rien qu’au niveau de celui-ci on peut convertir 6000 véhicules/an.

A combien estimez-vous le parc national roulant au GPL ?
On l’estime entre 150 000 et 160 000 véhicules. Naftal annonce à travers ses séminaires avoir converti 75 000 véhicules, si on ajoute les 60 000 véhicules équipés par Ghazal on est déjà à 135 000  véhicules, en plus de ceux équipés par les autres installateurs.

L'Agence nationale pour la promotion et la rationalisation de l'utilisation de l'énergie (APRUE) a lancé divers programmes visant la promotion du GPL, parallèlement aux mesures prises par les pouvoirs publics pour encourager l’utilisation du GPL/c. Pensez-vous honnêtement que les mesures incitatives prises en faveur du GPL soient intéressantes ?
Les mesures incitatives commencent à se mettre en place. Il y a l’initiative de l’APRUE qui est très intéressante et qu’il faut encourager. L’APRUE a mis en place le crédit à 0% d’intérêt, avec juste les frais de dossier à payer. Cela n’a pas tellement marché du fait que les gens confondaient intérêts et frais de dossiers, chose qui nous a amenés à demander à l’APRUE de supprimer les frais de dossiers. Et ils l’ont fait. Mais cela reste une opération qui n’a pas atteint ses objectifs parce qu’elle manquait d’information et de médiatisation en plus du fait qu’elle se soit heurtée à certains obstacles. La BDL qui était chargée de l’octroi des crédits n’a pas vraiment joué le jeu parce que les délais de traitement des dossiers étaient trop longs. C’est dommage.
Il y a aussi la dernière mesure en date et qui consiste  en la suppression de la vignette automobile pour les véhicules carburant  au GPL.

Et en dehors de cette exonération de vignette pour les véhicules qui roulent au GPL, mais aussi l’abattement des droits de douanes pour l’importation des kits GPL, ne pensez-vous pas qu’il faudrait d’autres mesures pour inciter les gens à s’orienter vers le GPL ?

Ces mesures ne sont, effectivement, pas suffisantes, car à côté du prix du GPL il y a le prix du gasoil. Avec un écart de 4 DA/litres, il y a encore des gens qui préfèrent rouler en diesel. Si l’Etat ne fait rien, on va aller, de plus en plus, vers la diésélisation du parc.
D’ailleurs, vous avez certaines marques qui ne faisaient que de l’essence, et qui commencent à ramener du diesel.
A mon avis, il faudrait maintenir le prix du GPL à moins de 40% du prix du carburant le moins cher. Cela veut dire qu’il faut soit baisser le prix du GPl soit augment le prix du gasoil.

Parmi vos clients, y a-t-il plus de particuliers ou est-ce essentiellement des concessionnaires ?
La majorité c’est des concessionnaires.

Lesquels ?
Il y a Renault, Chevrolet, Peugeot, Peugeot, Nissan, Seat et Kia.

Où en est-on en terme de couverture dans la distribution du GPL dans les stations service ?
Je pense que le nombre de stations qui existent par rapport au parc roulant est suffisant avec une couverture satisfaisante.  Il existe environs 500 stations qui distribuent le GPL. Ce que je peux vous dire c’est qu’il y a quelques années, lorsque vous passiez au niveau d’une station service pour faire votre plein vous deviez attendre longtemps pour passer, ce qui n’est plus le cas aujourd’hui. Dans bon nombre de stations où vous passerez maintenant, vous trouverez le distributeur libre et vous passez directement faire votre plein.

Quels sont les pays les plus orientés vers le GPL ?
Parmi les plus importants vous avez l’Italie, la Turquie, la Pologne, la Corée et le Japon.

Il y a quelques temps le ministre de l’énergie avait parlé d’une politique national du gaz naturel carburant (GNC) alors que le GPL n’a pas encore connu l’essor escompté. Quelle est, selon vous, la politique nationale de consommation de carburant qui conviendrait le mieux à l’Algérie entre le GPL/c et le GNC?

Je pense qu’il faut d’abord mesurer la différence entre le GPL et le GNC. Et c’est sur la base de ces résultats qu’on pourra définir la véritable politique.
Le GPL existe, il est là en quantités suffisantes. Sa mise en valeur, comme carburant, n’est pas élevée, et le coût d’une station GPL, entre la cuve et le volucompteur, varie entre 30 000 et 40 000 Dollars. Une station GNC, par contre, c’est un million de Dollars. Un kit GPL c’est un prix, un kit GNC c’est deux fois le prix, si ce n’est plus. Le GPL est liquide, à 7 kg de pression à température ambiante. On le stocke dans le réservoir en état liquide, sans avoir besoin d’un réservoir qui résiste à de très fortes pressions.
Pour avoir une autonomie de 200 km avec le GNC on est obligé de pomper jusqu’à 220 bar. Et à ce niveau, on entre dans une autre catégorie de réservoirs, des réservoirs forgés.
 De plus, le GPL nous le maitrisons depuis des années.
A mon avis, si on devait choisir, c’est le GPL que je prioriserai. Pour le GNC, je le laisserai pour les bus captifs du genre ETUSA. Donc, si on choisi de revenir sur le GPL pour passer au GNC, je dirai qu’on fait fausse route.

 

Commentaires 

 
#1 Bouhedli Mohamed Nas 07-06-2013 01:04
Merci pour votre excellent travail