Interview
entretien avec Jean Dominique Sennard (co-gérant michelin)Les gouvernements doivent s’impliquer dans le recyclage
Auteur : AZIEZ Brahim
Publié le : 15 Décembre 2007
Michelin porte une attention particulière à l'environnement à travers le challenge Bibendum, mais de part sa position de fabricant de pneumatiques, Michelin est un gros consommateur de matière première et d'énergie. Comment voyez-vous cela chez Michelin ?
Michelin a imaginé le challenge Bibendum il y a dix ans, et c'était l'idée d'Edouard Michelin qui voulait projeter l'entreprise dans le futur. Il avait compris très tôt que la mobilité passerait par la prise en charge des questions de l'environnement. On a parlé de la génération du CO2 et du réchauffement de la planète, de la consommation de carburant et de l'accès aux ressources énergétiques, qu'il s'agisse des transports ou même de l'utilisation de la matière pour la fabrication des pneus. La mobilité évoluera de 4 à 5% par an. Maintenant, est-ce qu'il y aura 4 à 5 fois plus de CO2, est-ce qu'il faudra consommer 4 à 5 fois plus de carburant, est-ce qu'il faudra consommer plus de caoutchouc? Là la réponse est claire, c'est non. Et c'est là le défi, pour nous fabricants de pneus, d'être capables de délivrer deux fois plus de mobilité en délivrant moins de CO2 et sans consommer plus de pétrole. Aujourd'hui, tout le monde a ce défi en tête, mais il y a dix ans ce n'était pas évident. L'autre impact négatif sur l'environnement, c'est le problème des pneus qui sont éparpillés dans la nature ...? Le recyclage est un autre défi pour l'industrie automobile et celle du pneumatique. Et là aussi, et depuis très longtemps, on a été très concerné par la question, et déjà, dans le poids lourds, on fait du rechapage, on creuse les pneus et on fait faire quatre vies à une carcasse de pneu. C'est une technologie qu'on a mis au point il y a pas mal d'années et qui donne aujourd'hui un succès extraordinaire parce qu'elle va dans le sens de l'époque pour optimiser au maximum l'utilisation de la matière pour plus de kilomètres parcourus. Et même avant de parler du rechapage on peut aussi parler de la durée de vie du pneu. Si vous faites un pneu qui dure 20% de plus que les autres c'est déjà une meilleure utilisation de la matière. C'est l'axe fondamental de notre recherche. Le dernier aspect concerne la fin de vie de la carcasse, et là on peut parler carrément de recyclage. Justement quelles sont les solutions que vous développez pour le recyclage ? Michelin s'est retrouvé, en Europe et partant de ce défi, à créer avec les autres manufacturiers européens, une organisation qui s'appelle ALIAPUR dont la mission était de s'occuper des pneus en fin de vie. Il y a une application très intéressante en partant de l'idée de base d'utiliser le pneu usé comme énergie dans les cimenteries, chose devenue banale aujourd'hui. On peut aussi broyer le pneu et utiliser la matière pour faire les revêtements routiers en la mélangeant au bitume. Cela donne des asphaltes très élastiques et très résistants. On peut aussi mélanger cette matière avec des pyro-plastics pour faire de nouvelles matières et on a de plus en plus d'utilisations parce que le caoutchouc a des qualités extraordinaires et se trouve très résistant. Actuellement beaucoup de pays s'intéressent à ces filières, à la façon d'organiser le recyclage des pneus: comment les trouver, comment les récolter pour ensuite les recycler. Se préoccuper de l'environnement c'est aussi s'occuper de tout cela. On trouve de plus en plus de filières qui sont prêtes à payer de plus en plus cher pour ces matières issues du recyclage des pneus. Il nous a, d'abord, fallu démontrer que cela marchait ? Et maintenant que cela fonctionne nous sommes entrain de l'expliquer, d'en faire la promotion et d'en parler partout dans le monde de manière à ce que les gens découvrent ce système parce que nous avons intérêt à développer cette pratique pour ne plus voir des pneus s'entasser dans la nature. Cela dit, ce ne sont pas tous les pays ni toutes les régions qui se préoccupent du devenir des pneus usés, soit parce qu'ils n'en ont pas les moyens ou tout simplement parce qu'ils ont d'autres soucis. Y a-t-il quelque chose de prévue pour ces régions là, comme l'implantation d'une usine de recyclage ou, à la limite, la récupération des pneus usés pour les orienter vers des structures comme ALIAPUR ? Ce n'est là pas le métier de Michelin, mais nous avons pour mission de sensibiliser et promouvoir les pratiques de recyclage des pneus en fin de vie, et on réfléchi même au moyen de la faire à l'échelle mondiale. Mais je crois savoir que des gouvernements d'Afrique du nord nous ont approché dans ce sens. J'espère qu'il s'agit de l'Algérie, je n'en suis malheureusement pas sûr. |
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