Interview

Entretien avec Jagdish Khattar Managing director & CEO de Maruti-Suzuki India Limited

Nous détenons 50% du marché indien

Publié le : 15 Novembre 2007
On connaissait le constructeur Maruti et on découvre aujourd'hui Maruti-Suzuki. Pourriez-vous nous expliquer cette nouvelle appellation de l'entreprise ?
Crée en 1982, Maruti est issue d'une joint-venture entre le gouvernement indien et le constructeur japonais Suzuki qui détenait, alors, 26% de part contre 74% pour le gouvernement indien. Après deux ans, la part de Suzuki est passée de 26 à 40%.
Le but de la création de l'entreprise Maruti était la production d'une voiture populaire qui cible le maximum de personnes. On a commencé avec le petit véhicule qu'est la Maruti 800 pour établir un secteur de production de bonne qualité, et dont 20% des composants seulement étaient fabriqués par Maruti, le reste fourni par des sous-traitants qu'on a beaucoup aidé à se développer dans leur domaine de compétence.
La capacité de production avait démarré à 100 000 véhicules/an pour un marché de 40 000 véhicules, et tout le monde pensait que nos capacité de production étaient énormes par rapport aux besoins de marché. Mais croyez moi, la demande a été, depuis le début de la production, supérieure à l'offre, et tous les 2-3 ans, Maruti introduisait un nouveau modèle sur le marché.
En 1992 Suzuki avait porté ses parts dans l'entreprise Maruti à 50%, pour devenir majoritaire en 2002 avec 54%. Il faut préciser que le gouvernement indien a commencé à vendre ses parts aux particuliers pour ne détenir, aujourd'hui, aucune action dans l'entreprise. Maruti est ainsi devenue une filiale de Suzuki, et même la plus grande entreprise de Suzuki hors Japon. L'entreprise Maruti a enregistré d'énormes progrès depuis sa création, raison pour laquelle nous détenons, ces huit dernières années, plus de 50% des parts du marché indien. Et malgré la présence de beaucoup d'autres marques internationales comme Ford, GM, Toyota, Honda, Mitsubishi ou Tata Motors pour citer que celles-là, on continue à détenir plus de 50% de part de marché. Nous sentons que notre produit est bon, et l'Inde croit aux petites voitures.
Nous avons un réseau de vente très fort avec plus de 400 show room et plus de 2000 ateliers de maintenance présents sur plus de 1100 villes d'Inde. Un réseau très fort avec plus de 40 000 personnes qui y travaillent, et un bon produit. Voici Maruti.
 
Il y a, cependant, un paradoxe : Maruti est une entreprise qui est entrain de dominer le marché indien et de réaliser des chiffres, alors que le gouvernement indien s'en déleste. Pourquoi se désengager d'une entreprise rentable ?
Notre gouvernement croit aux privatisations, et a même vendu ses parts dans d'autres entreprises. Ce n'est pas une question de profit. Le gouvernement indien voulait se retirer de la production des véhicules, convaincu que l'industrie automobile n'était pas son affaire. Concernant le profit, nous payons toutes les taxes au gouvernement avec plus de ½ milliard de dollars. C'est vrai que le gouvernement n'a aujourd'hui pas de part, mais il les a cédées à la population et non à Suzuki, et c'est la population qui en tire profit. Lors de son introduction en bourse, la capitalisation du marché était de 600 millions de dollars, elle est de 7 à 8 milliards de dollars aujourd'hui, en ce sens que la population en profite, et s'est même enrichie.
 
Qu'est ce qui fait la fierté de vos 6 millions de clients ?
Je pense que nous nous sommes toujours concentrés sur le client. Nous nous sommes toujours souciés de la satisfaction de nos clients, et c'est pour cela que nous avons été classés N° 1, sept ans durant, en terme de satisfaction clients. Nous offrons une bonne prise en charge à nos clients, nous leur offrons un très bon produit, et à un prix abordable. Le prix de l'essence en Inde est très élevé, et nos produits en consomment peu. Grâce à notre réseau, nous gardons les tarifs de la maintenance assez bas pour permettre à nos clients de faire l'entretien de leurs véhicules à moindre coût. C'est parce que nous donnons beaucoup d'importance au client que nous lui offrons tout cela, et c'est ce qui fait la fierté du client de Maruti, surtout que 35% à 40% d'indiens achètent une voiture pour la première fois. Et la plupart préfèrent acheter une Maruti.
 
A travers notre visite dans vos deux usines, nous avons remarqué l'absence du personnel féminin. Pourquoi cela ?
Nous avons des femmes qui travaillent dans l'entreprise. Elles sont dans les finances, à l'engineering. Je pense que cela serait un peu dur pour elles d'être dans les usines parce qu'elles risquent de travailler tard la nuit.
 
Nous remarquons l'existence de deux marques, Maruti et Suzuki. Cela ne risque t-il pas de créer une confusion dans les pays où les deux marques sont commercialisées séparément comme c'est le cas en Algérie, et pendant combien de temps cela va-t-il durer ?
Je ne pense pas qu'il puisse y avoir confusion. Maruti c'est nous, Suzuki c'est notre partenaire et associé. On a utilisé pendant longtemps le nom Maruti-Suzuki en Inde comme à l'étranger. Dans certaines régions les voitures sont badgées Maruti, et dans d'autres Suzuki. On a commencé à commercialiser des véhicules en Europe sous le badge Suzuki. Cela dit, on doit voir la réaction dans ces pays. C'est seulement une marque. Quand Renault est venue en Inde c'est devenu Mahindra-Renault.
On continuera, donc, à badger nos voitures Maruti-Suzuki en Inde. Mais pour l'export cela dépend des marchés.
 
Sachant qu'en Algérie il existe un distributeur pour Maruti et un autre pour Suzuki. Avez-vous fait votre choix entre Elsecom et Diamal ?
C'est en cours. Nous n'avons pas encore tranché, mais la décision sera prise bientôt.
 
Que vous inspire l'Algérie où la marque Maruti enregistre des croissances extraordinaires, d'année en année, avec les deux seuls modèles que sont la Maruti 800 et l'Alto, et comment comptez-vous vous y développer ?
Nous sommes très contents de nos performances en Algérie où nos représentants ont fait du bon boulot. Ils ont travaillé très dur pour y arriver. Ils ont développé leur réseau de distribution et suivi tous nos conseils sur notre façon de faire en Inde, et cela leur a permis de réaliser de très bonnes performances ces trois dernières années. Nous pensons que dans chaque pays la demande sur les petites voitures continuera à croître. La Maruti 800 et la Alto sont là pour répondre à cette demande. On va lancer, dès l'année prochaine, un nouveau petit véhicule qui sera commercialisé même en algérie. Cela dit, on ne sera pas limité à ces seuls produits puisque d'autres modèles viendront aussi.
L'autre distributeur, par contre, commercialise des véhicules plus grands. Mais une fois que tout sera fusionné, le consommateur aura le choix sur une gamme plus large, entre la petite, la moyenne et la grande voiture. Certains de ces véhicules viendront d'Inde, d'autres du Japon, et il y en a qui viendront de Hongrie.
 
Nous avons remarqué au cours de notre visite que votre outil de production est essentiellement orienté vers les véhicules avec conduite à gauche, chose qui pénalise l'Algérie puisque la privant d'un certain nombre de modèles. Cela justifie t-il le fait que notre pays ne reçoit pas toute la gamme que vous produisez ?
Nous n'avons pas la conduite à gauche pour toute la gamme car nous n'exportons pas tous nos véhicules. Nous exportons les petits véhicules avec conduite à droite. Mais tous nos modèles sont exportés vers des pays comme la Malaisie où la conduite est à gauche, le Sri Lanka, le Bangladesh et le Nepal.
 
Quand est-ce que vous pensez remplacer la Maruti 800 ?
Nous continuerons à produire et vendre la Maruti 800 tant qu'il y aura une demande sur ce modèle. Mais comme je l'ai déjà indiqué, un nouveau modèle de petit véhicule sera introduit dès l'année prochaine en Algérie. Ce véhicule, faut-il préciser, sera destiné pour l'Algérie au même titre que l'Europe.
 
Nous remarquons aussi que la marque a un grand succès en Inde où elle est connue, mais ne pensez-vous pas que votre marque risque d'être affectée par l'absence d'une identité visuelle à l'étranger ?
Il n'est pas nécessaire de faire ce que font les autres. On n'est pas obligé de les suivre. Il n'est pas nécessaire d'avoir un visuel identique sur tous les modèles comme BMW ou Audi. Chaque segment a son propre design, à l'exemple de Nissan et Toyota. En fait, chaque pays a sa propre stratégie.
 
Ne pensez-vous pas que cette joint venture pénalise, quelque part, Maruti dans des pays comme l'Algérie où une gamme plus large est commercialisée sous le badge Suzuki alors que Maruti ne compte que deux modèles ?
Le reste des modèles est produit en Hongrie et exporté à partir de ce pays. C'est une politique de Suzuki d'exporter les petites voitures à partir de l'Inde, une partie de Hongrie et le reste du Japon.
 
Une évolution de la qualité de vos produits ne risque t-elle pas d'engendre une augmentation des prix de vos véhicules et entraîner une perte de parts de marché ?
Les prix de nos véhicules vont certainement augmenter car la monnaie indienne ne cesse de s'apprécier par rapport au dollar. Même les prix de la matière première augmentent.
 
Ne pensez-vous pas que l'intérêt que portent les constructeurs aux petites voitures et l'arrivée sur le marché mondial de véhicules low cost risque de constituer une menace pour Maruti ?
Je ne le pense pas puisqu'il y aura toujours une demande dans ce sens. Ces véhicules qui arriveront prendront, certainement, des parts de marché, mais la demande restera toujours aussi forte. Je ne pense pas que cela nous fasse perdre des parts de marché ou affecte Maruti
 
Avez-vous songé à construire des usines en dehors de l'Inde ?
Pas Maruti. Du moins pas pour le moment car Maruti c'est l'Inde. Suzuki, oui, puisqu'elle compte des usines hors Japon, et se trouve même entrain d'en construire d'autres en Russie.
 
Quel véhicule conduisez-vous ?
Un grand Vitara et une SX4 Sedan.


Entretien réalisé par Brahim Aziez, Blkacem Belil et Mourad Saadi