Interview

Entretien avec Mohamed BAÏRI Président de l’Association des concessionnaires automobiles algeriens

On demande le report de cette mesure et une discussion autour d’une table

Auteur : AZIEZ Brahim   
Publié le : 15 Août 2008
Comment avez-vous accueilli, au niveau de votre association, ces nouvelles taxes qui viennent d’être instaurées d’une manière aussi rapide qu’imprévue par la loi de finances complémentaires de 2008 ?
Il est clair que ce n’est pas avec une grande joie que nous avons accueilli ces nouvelles taxes. On aurait aimé qu’il y ait au préalable une communication pour voir comment on peut apporter notre contribution à ce pays et discuter, le cas échéant, des modalités d’application de ces nouvelles taxes plutôt que d’être mis au pied du mur. En fait, on peut toujours trouver des solutions adéquates sans pour autant pénaliser les consommateurs directement comme cela vient de se faire.

Les arguments avancés officiellement parlent de la création d’un fond de soutien aux prix des tickets de transport en commun, alors qu’on ne manque pas d’évoquer, dans les couloirs, une volonté de freiner les importations de voitures en raison d’un réseau routier déjà saturé au moment où les grands projets connaissent des retards. Comment analysez-vous la chose à votre niveau ?
Comme le dit un adage bien de chez nous, il n’y a qu’une mort, mais les raisons sont multiples. Si l’on s’en tient aux arguments officiels, le métro et le tramway ne sont pas encore fonctionnels. Maintenant, si on veut freiner les importations on peut le faire d’une autre manière sans avoir à taxer les gens et pénaliser le consommateur. Tout d’abord, il faut interdire de faire entrer en Algérie ces cercueils sur quatre roues qui n’offrent aucune sécurité aux passagers à travers des normes d’homologation plus strictes. Il faut ensuite réguler le marché de l’occasion et suivre de façon très rigoureuse l’application du décret régissant l’activité des concessionnaires automobiles. Il y a beaucoup de voitures qui circulent sur nos routes alors qu’elles devraient être interdites à la circulation.

Ne pensez-vous pas, aussi, qu’il s’agit là d’une manière de pousser les constructeurs étrangers à investir dans une ou des unités de montage en Algérie ?

Un constructeur étranger ne viendra jamais s’installer en Algérie, du moins pas seul. Nous l’avons compris et nous y travaillons au niveau de l’AC2A. Nous recherchons déjà, avec nos constructeurs respectifs, les moyens d’intéresser les sous traitants et les amener à venir investir en Algérie. Cela nous permettra d’avoir de la pièce de rechange de première monte tout en générant un certain nombre d’emplois, alors que ces équipementiers disposeront d’une plate forme pour exporter. C’est la seule manière d’ouvrir la porte à une ou des unités de montage de voitures en Algérie.

Concrètement, ces taxes peuvent-elles amener à l’étouffement des activités des concessionnaires établis en Algérie ?

C’est clair. Cela a déjà commencé avec tous ce gens qui retirent leur argent et annulent leurs commandes non par mauvaise fois, mais tout simplement parce qu’ils ne peuvent pas assumer un surplus de 10% ou plus du prix de leur véhicule.

Qu’est ce que cela risque d’engendrer comme conséquences sur vos activités ?
Les concessionnaires vont bloquer toutes leurs commandes futures pour les revoir à la baisse, ce qui signifie une diminution de leurs activités et la baisse de leurs chiffres d’affaires, sans oublier leurs investissements qui vont être freinés. Mais ce qui est désolant c’est qu’il y aura automatiquement une réduction des emplois directs et indirects, car il faut savoir qu’il y a un certain nombre d’activités qui se sont greffées à l’automobile comme les imprimeurs, le transporteurs qui acheminent les véhicules vers les réseaux à l’intérieur du pays, les sociétés de nettoyage et de gardiennage pour ne citer que celles-là.

C’est ce 1% de plus sur les 2% que vous payer régulièrement sur votre chiffre d’affaires qui dérange le plus ou les 50 000 à 150 000 DA ?

Les deux. Sur le premier point, je vous répondrai en vous posant, à mon tour une question : qu’est ce qui est plus intéressant pour l’Etat, que je paye 2% sur un chiffre d’affaires de 2 milliards ou 3% sur un chiffre d’affaires de 1 milliard ? Sur le second, je vous préciserai que le plus gros du marché de l’automobile est fait par la catégorie de voitures dont le prix est compris entre 400 000 DA et 800 000 DA. Et 50 000 à 70 000 DA de plus cela représente une charge que peu de gens peuvent assumer.

Certains concessionnaires ont bloqué les ventes et les livraisons durant les journées du jeudi 31 juillet et Samedi 2 Août. Etait-ce une concertée des membres de l’association ?

Absolument pas. On s’est d’ailleurs attelé à leur répéter qu’il s’agit d’une loi et qu’il faut l’appliquer qu’elle soit bonne ou mauvaise. Mais il faut comprendre que ces concessionnaires qui ont été pris de court, comme nous tous, étaient dans l’expectative. Il fallait ensuite expliquer aux gens que cette taxe dont nous sommes de simples collecteurs et que nous reversons dans les caisses de l’Etat ne va pas dans nos poches.

De toutes les autorités que vous avez sollicité, avez-vous eu des échos ?
Aucun. On a adressé un courrier au ministre des finances le 1er Juin, on a demandé audience, mais sans qu’aucune réponse ne nous ait été donnée. On a appris la nouvelle le 31 Juillet sur le journal officiel.

Et vous demandez quoi ?
L’idéal serait d’annuler cette mesure, ou du moins en discuter autour d’une table le cas échéant. Mais pour l’immédiat, un report serait plus que salvateur pour la profession.