Interview

Entretien avec Tahar Messaoud-Nacer

« Renforcer le contrôle dans les villes »

Auteur : AZIEZ Brahim   
Publié le : 09 Mars 2011

Ancien sous-directeur à la directeur de la circulation routière du ministère des transports, puis intérimaire de cette même direction avant de prendre sa retraite, Tahar Messaoud-Nacer apporte, aujourd’hui, sa contribution à l’association El Baraka dans sa lutte pour les droits des victimes de la route.

L’association El Baraka, dont vous êtes membre, a célébré dernièrement, la journée internationale du souvenir des victimes de la route. C’était aussi l’occasion de revenir sur l’hécatombe qui continue à frapper nos routes. Quelle analyse en faites vous ?
Nonobstant toutes les mesures légales qui ont été prise et tout l’arsenal répressif, le chemin reste encore long. Il faut continuer à travailler tout en évaluant à chaque fois les actions que nous mettons en œuvre.
Je citerai, à titre d’exemple, le contrôle de vitesse.  Si nous réprimons et punissons les dépassements des vitesses autorisées, je crois que nous le faisons beaucoup plus en rase campagne, en dehors des villes, alors qu’une simple évaluation aurait permis à tout un chacun, et aux décideurs notamment, d’implanter les radars un peu plus en milieux urbains.
Pourquoi en milieux urbains ? Parce qu’il y a plus d’impact éducatif des conducteurs à ce niveau là.
Je m’explique, si un conducteur fait de l’excès de vitesse en rase campagne c’est parce qu’il est convaincu qu’il ne fait aucun mal.  Mais s’il est pris en dépassement de vitesse autorisée à l’entrée d’une ville ou en son milieu, il comprendra de lui-même qu’il s’expose au risque et qu’il occasionne des dommages aux usagers, automobilistes ou piétons, qui sont plus nombreux.
Deuxièmement, avons-nous tout mis en œuvre ? Non, je ne le crois pas. Il y a beaucoup de dispositions importantes dans la loi qui concernent beaucoup d’infractions qui ne sont pas sanctionnées encore, à l’exemple u port du casque pour les motos et le transport des contenaires qui ne sont pas contrôlés.  
Il y a des dispositions qui sont très claires, il faut simplement mettre en œuvre et appliquer.
Il est clair qu’à travers la simple répression on n’arrivera pas à mettre un terme à cette violence routière. Il y va de la mise en œuvre totale des dispositions, mais aussi de la formation et de la sensibilisation. Il s’agit là d’un point bien plus délicat, celui du comportement. On forme sur la technicité du véhicule, mais pas sur les comportements sur la voie publique.

Il est vrai qu’Alger n’est pas l’Algérie, mais on remarque qu’il y a bien plus de radars dans la capitale qu’entre Alger et Blida ou Boumerdes alors que le plus gros des décès sur les routes est recensé dans les zones extra urbaines. Ne pensez-vous pas que la défaillance des contrôles existe déjà à ce niveau ?
Il a aussi été rapporté par d’autres canaux que la loi n’a rien apporté à la sécurité routière, mais que c’est par la grâce de la réalisation de l’autoroute Est-Ouest qu’il y a moins de morts sur les routes. Ce raisonnement simpliste, ce raccourci est contredit par les chiffres de la DGSN qui enregistre, effectivement, une baisse des accidents de la circulation et des morts au niveau urbain. Cela veut dire que la loi a apporté un plus puisqu’en zone urbaine il n’y a pas de raisonnement lié à l’autoroute.
Donc, s’il y a bien un baromètre significatif de la mise en œuvre de la loi c’est au niveau du tissu urbain qu’il faut le jauger.
En revanche, et en qui concerne les contrôles de vitesses, je reviens et je dis qu’ils ne sont pas suffisamment appliqués au niveau urbain. Cela dit, il reste du travail à déployer en zones rurales, en dehors des villes, parce qu’il y a encore beaucoup de tronçons routiers qui ne sont pas dédoublés, qui ne sont pas séparés. Car  on a remarqué que dès que nous séparons les voies nous évitons les dépassements dangereux, donc les chocs frontaux, et nous enregistrons sur les mêmes réseaux moins d’accidents.

En restant sur les zones urbaines, ne pensez-vous pas que la défaillance de la signalisation est un facteur déterminant de l’accidentologie dans les villes ?
Tout à fait. Le problème de la circulation routière a, effectivement, une causalité liée à plusieurs facteurs, dont la signalisation qui accuse un déficit. Il est nécessaire qu’il y ait une mise à niveau rapide de la signalisation parce que, malheureusement, nous n’arrivons pas, souvent, à lire sur la route, ou à lire la route elle-même. Ceci parce qu’il y a un déficit en matière de signalisation lumineuse, qu’il s’agisse des feux tricolores lesquels feront une économie de personnels affectés à la circulation routière puisque ces agents pourront être réaffectés à d’autres taches plus complexes, peut être, que de gérer de simples carrefours que des feux tricolores peuvent réguler. Dans la seule wilaya d’Alger il a été recensé près de 200 carrefours qui doivent faire l’objet d’une gestion par feux tricolores. Et cela concerne l’ensemble des villes.
Il y va de même pour ce qui concerne la circulation verticale qui est très souvent absente ou en très mauvais état.

Il était question, il y a un an, d’un avant projet interministériel sur la sécurité routière, dans lequel vous avez été impliqué. Où en est-il ?
Mais cela a été mis en pratique. Cela a donné lieu au nouveau code de la route qui a renforcé les dispositions du précédent et durci les sanctions.

Il était question d’aborder l’interdiction de circuler aux véhicules ayant plus de 30 ans d’âge, non ?
Je pense qu’il s’agit là d’un dossier assez sensible qui nécessite une maturation certaine qui est en cours puisqu’il faut examiner toutes les incidences qui y sont liées …..Il faut y accorder le temps nécessaire. Vous savez, nouveau un réel problème de statistiques qui font qu’il y a uns absence de maîtrise du parc réel mis en circulation en l’absence d’un fichier national des cartes grises. Il y a des véhicules qui ne circulent plus parce qu’ils sont accidentés, réformés ou trop usés, et qui sont encore répertoriés au niveau des services de cartes grises, alors que la  loi a prévu des sanctions à l’encontre des propriétaires de ces véhicules qui ne restituent pas leurs cartes grises. Et les sanctions peuvent aller jusqu’à 5000 DA d’amende.
 
Y a-t-il des statistiques qui peuvent dire que les accidents de la route sont causés par le facteur humain, l’état des routes et de la signalisation ou l’âge des véhicules ?

Malheureusement les statistiques demeurent assez sommaires encore et nécessitent une collecte plus détaillée pour permettre la prise de la bonne décision en temps opportun. Ceci m’amène à vous dire que le canevas de travail doit être révisé et doit être accompagné de la formation nécessaire aux agents dédiés à cette tache.

Le décret 390/07 fixant les conditions d’exercice de l’activité de concessionnaire automobile devait être suivi d’un autre décret définissant les normes d’homologation des véhicules en Algérie, et particulièrement dans son volet relatif à la sécurité en dotant les véhicules d’airbags et d’ABS. Est-ce un projet mort-né ?

Pas si vite !!!  La conformité du véhicule est un aspect important dans la sécurité routière, certes je vous l’accorde. Cependant sa prise en charge est délicate car elle requiert des qualifications et compétences qu’il faut recenser et mobiliser, nonobstant les moyens matériels à mettre en place. Vérifier des normes pour l’ensemble des organes et dispositifs du véhicule est assez ardue comme tache mais rien n’empêche de débuter progressivement en gardant à l’esprit deux critères importants : l’accessibilité à la motorisation individuelle et un « smig » de sécurité du véhicule.